« Journal de campagne » d’Alain Leduc

L’actualité des élections communales à Saint-Gilles

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Les Universités Populaires en France … et à Bruxelles …

6 mai 2009 ·

Après deux séances consacrées à l’historique du projet et au public « populaire », nous avons le plaisir de vous inviter à rencontrer deux fondateurs de l’UP de Lyon.

Introduction de la soirée par Alain LEDUC, Cofondateur de l’UP de Bruxelles.
Présidence de la soirée: Mateo ALALUF, Sociologue ULB, Cofondateur de l’UP de Bruxelles

« Les Universités Populaires en France, analyse critique et perspectives »

Philippe CORCUFF, maître de conférences de science politique à l’IEP de Lyon, membre du Conseil Scientifique d’ATTAC France
Lilian MATHIEU, Sociologue, chargé de recherche au CNRS, Paris,

jeudi 14 mai 2009,
de 18H30 à 21H00,

26 rue de la Victoire à 1060 Bruxelles (Porte de Hal)

Une conférence-débat passionnante pour alimenter notre projet bruxellois. Pour en savoir plus sur le projet bruxellois … lisez la suite ci-dessous. Visitez le site de l’UP de Bruxelles et de l’UP de Lyon.

Petit flash back … comment est né ce projet à Bruxelles ?

Comment est né ce projet à Bruxelles ?

Création de l’université Populaire de Bruxelles : zoom arrière sur une aventure humaine et un idéal politique….

1985 : création du CFS asbl

Le projet d’une Université populaire à Bruxelles a vraiment été à la base de la création du Collectif Formation société en 1985. Plusieurs d’entre nous travaillions à l’époque à DEFIS (une asbl pour le Développement, l’Emploi, la Formation et l’Insertion Sociale), une coordination des associations de lutte contre l’exclusion à Bruxelles présidée par Mateo ALALUF (sociologie, ULB). Cette asbl collaborait avec 3 autres coordinations francophones, RTA à Namur, Canal Emploi à Liège et la FUNOC (Fondation pour l’Université Ouverte à Charleroi). L’asbl DEFIS était une asbl pluraliste (mouvances chrétienne et socialiste du monde du travail). Il apparaissait déjà clairement à l’époque que dans certains domaines, le monde sociologique chrétien avait une bonne longueur d’avance : c’était notamment le cas pour les filières de formation certifiantes universitaires « ouvertes », c’est-à-dire accessibles à des travailleurs sociaux non diplômés de l’enseignement secondaire supérieur, développées par le MOC (l’ISCO) ou au sein de l’UCL, comme la FOPA et la FOPES. C’est dans ce contexte qu’en 1983 fut créée l’asbl LIRE ET ECRIRE au niveau de toute la Communauté française.

Un petit groupe de personnes, travailleurs non diplômés du secteur associatif qui était alors en plein développement, a commencé un véritable travail d’éducation permanente sur la question de leur accès à une formation de haut niveau à Bruxelles. Cette réflexion fut appuyée par un autre petit groupe d’universitaires engagés à DEFIS et au syndicat socialiste, groupe dont je faisais partie avec d’autres comme Andrea Réa, Suzanne Beer et Valter Cortese. En 1986, des membres des deux groupes créèrent le Collectif Formation Société, CFS asbl.

L’objectif de l’association fut, dès les origines, de permettre à tout adulte qui le souhaite de reprendre des études quel que soit son niveau de départ, et de poursuivre jusqu’au niveau qu’il souhaite atteindre, en ce compris l’enseignement supérieur. Il s’agissait alors de tenter de combattre un constat toujours d’actualité, celui du déterminisme social.

Le CFS se construisit progressivement autour d’une triple dimension :

  • D’éducation permanente CFS [1] d’abord, et naturellement : il s’agit de donner aux adultes des outils d’analyse critique visant le changement social.
  • D’insertion socioprofessionnelle ensuite : le public accompagné n’a pas de diplôme du secondaire supérieur, et le chômage progresse et perdure pour ceux qui n’ont pas de qualification.
  • D’université populaire et ouverte enfin : la certification reste un objectif majeur, en Promotion sociale, en école supérieure ou à l’université dans des filières ouvertes.

1987 : une première formation est lancée

La première formation créée de toute pièce sur base des demandes formulées par les travailleurs et organisée par les cadres universitaires démarra en janvier 1987. Elle fut appelée TREMPLINS / « des méthodes » et consistait en six mois de préparation suivis de deux filières possibles : en septembre 1987, l’année préparatoire à l’EOS, menant aux études d’assistant social ou en septembre 1988, la formation d’animateur-formateur en Promotion sociale avec à la clé un diplôme de niveau secondaire supérieur. Ce dernier programme répondait aux besoins de formation des nouveaux travailleurs socio-culturels engagés sur le terrain professionnel.

Pourquoi le choix de ces formations ?

Tout simplement parce qu’elles s’inscrivaient dans un projet d’Université ouverte clairement décrit dans une note politique que nous avions rédigée en juin 1987. Un comité d’accompagnement fut alors institué et composé de membres de l’Institut de sociologie de l’ULB, Mateo Alaluf, Monique Parker, la directrice de l’EOS Janine Verbist, le directeur des cours de Promotion sociale de Saint-Gilles Maurice Lachman. Des formateurs universitaires s’engagèrent alors bénévolement , provenant de l’ULB, de l’EOS, du secteur associatif (DEFIS, FIJ asbl), de la Promotion sociale, de la FGTB, via notamment l’Institut de formation, Roger Piette…présents et actifs également au sein du Conseil pédagogique qui fut alors instauré.

Le développement de l’Insertion socioprofessionnelle…et notre UP dans tout ça ?

Tout était en place pour pérenniser une université populaire et ouverte…et pourtant, nous allions devoir emprunter des chemins de traverse qui pourraient laisser croire que nous nous en écartions.

Un petit rappel historique : 1989, la région bruxelloise est créée…permettant ainsi la reconnaissance officielle des demandeurs d’emploi non qualifiés. Progressivement, se met en place une politique d’Insertion socio-professionnelle (ISP) et sont octroyées aux associations des subventions : ce sont alors les premiers subsides de l’ORBEM et pour CFS l’opportunité d’obtenir de premiers moyens professionnels pour financer une vraie équipe par le Fonds social européen…car entre temps, la crise économique ne cessait de s’accroître et notre premier public de travailleurs fut progressivement remplacé, à plus de 90%, par des chômeurs ou des minimexés.

Ces subsides permirent le développement des actions d’ISP mais accrurent aussi les contraintes et le travail administratif. Commença alors une période de professionnalisation via les engagements successifs de travailleurs sous régime ACS ( agents contractuels subventionnés)…cela coïncida avec la fermeture des filières de cours du soir comme les Jurys ou TREMPLIN, et même l’année préparatoire à l’EOS. A cette époque, toute notre énergie était focalisée sur le développement des filières ISP et sur l’obtention de la reconnaissance des cours du jour d’animateur pour demandeurs d’emploi par la Promotion sociale !

Et peu à peu, ce qui constituait originellement le projet d’Université ouverte à CFS se confondit aux dispositifs d’insertion socioprofessionnelle…Ce développement de l’ISP permit tout de même l’engagement et la constitution de l’équipe actuelle du CFS, une équipe qui accompagna plus de 1300 personnes en formation entre 1994 et 2003.[2]

Tous les dispositifs d’ISP sont arrivés à saturation avec le blocage des subventions dès 1997, lentement mais sûrement. Nos dispositifs ISP « tournant bien », début des années 2000, nous nous sommes repenchés sur notre projet fondateur, l’Université « ouverte » ou « populaire » …

De nouvelles actions qui relancent et redéfinissent le projet d’Université populaire

Autre temps, autres pratiques : nous n’étions plus à l’époque des bénévoles enthousiastes, du travail en soirée et les week-ends….Désireux de relancer la réflexion et nos actions sur l’accessibilité des adultes aux études, nous sommes allés à la rencontre de la Ministre de la Promotion sociale et de l’enseignement supérieur, Françoise Dupuis. Elle était alors persuadée que tout le monde pouvait avoir accès à l’université et à l’enseignement supérieur…il ne fut pas facile de la convaincre du contraire et elle nous demanda des « preuves » de l’existence d’un public désireux d’avoir accès à cet enseignement….et on les lui donna. Pour ce faire, CFS consacra une partie des années 2002 et 2003 à décrire son public et ses difficultés, ses méthodes pédagogiques adaptées à des adultes en reprise d’études…ce qui déboucha sur l’édition de la Recherche « dite Dupuis ». Nous avons aussi réalisé un petit documentaire sur des anciens de CFS qui avaient poursuivi un parcours d’études après être passés par chez nous… une démarche qui nous avaient fort émus car nous prenions la pleine mesure du travail accompli.

Nous avons poursuivi cette démarche en 2004 en collaborant avec Lire Et Ecrire sur une « année préparatoire à la reprise d’études » avec l’Institut supérieur de culture ouvrière, l’ISCO.

Parallèlement, nous avons organisé des séminaires sur le concept d’Université ouverte et populaire, générant la création d’un outil éditorial : la collection des Cahiers du Fil Rouge. A travers la première publication et les séminaires, un important travail d’analyse et de mémoire est réalisé sur les valeurs qui sous-tendent notre action associative. Avec les responsables associatifs qui ont participé à cette histoire commune, René Deschutter (FGTB), Mohamed El Baroudi (RDM), Annie Crolop (enseignante), nous réaffirmons le sens de notre action collective, les valeurs qui la sous-tendent, notamment celles issues de l’histoire du monde du travail socialiste, de la laïcité politique, et sur le rôle central que doit jouer l’Etat dans une démocratie « moderne ». A ce jour, cette collection de publications s’est étoffée et a toujours comme ambition de rendre compte des actions et réflexions que nous menons au sein de notre secteur, participant ainsi à l’élaboration d’une « mémoire vive » accessible à tous. Les N° 1 et 8-9 sont plus particulièrement consacrés à ce morceau d’histoire sociale bruxelloise.

En juin 2008, nous organisions une soirée d’information sur le projet d’Université populaire : une soixantaine de personnes manifestèrent leur intérêt. On le voit, au fil des années, le projet de CFS a donc évolué : nous avons souhaité le porter plus largement avec nos partenaires « historiques », issus de la FGTB, de l’EOS et de l’ULB. Face aux « grands enjeux » mondiaux et régionaux risquant de fragiliser encore plus le monde du travail, nous avons voulu créer via l’Université Populaire un pôle intellectuel de gauche, d’analyse et de formation.

12 février 2009 : fondation officielle de l’Université populaire de Bruxelles…ça y est !

Par une froide soirée de février 2009, un groupe de personnes issues de la FGTB, de l’EOS, de l’ULB et du monde associatif adoptent les statuts fondateurs de l’Université populaire de Bruxelles. Elles se donnent pour but de « lutter contre le déterminisme social et éducatif en développant des programmes d’éducation populaire pour adultes, grâce notamment au savoir partagé… ».

Aujourd’hui, nous proposons déjà des conférences et des actions de sensibilisation. Nous avons également lancé un cycle de réflexion et d’analyse sociale en vue de définir, avec tous ceux qui le souhaitent, quelle université populaire voulons-nous à Bruxelles ? Nous fourmillons d’envies et de projets, nous nous y attelons et espérons vous rencontrer à l’occasion de l’une de nos initiatives….Comme la conférence avec Philippe CORCUFF citée plus haut.

Bienvenue à tou(te)s !

Alain LEDUC, Rose-Marie GEERAERTS et Myriam AZAR.

Visitez le site de l’UP de Bruxelles ou écrivez-nous à info@universitepopulaire.be.


[1] est reconnu comme organisation régionale indépendante d’éducation permanente depuis 1987 ]
[2]En 2004, le CFS publia une étude sur l’accessibilité des adultes aux études, à la demande du Ministre de l’enseignement supérieur et de l’enseignement de promotion sociale. Entre 1993 et 2003, 1347 personnes sont entrées dans un programme de formation au CFS asbl. Depuis 2004, ce nombre a augmenté.

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