« Journal de campagne » d’Alain Leduc

L’actualité des élections communales à Saint-Gilles

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Une conception SOCIALISTE du Développement Durable …

30 avril 2009 ·

Le 24 mars, en tant qu’ Echevin à Saint-Gilles, j’étais amené à faire un bilan public des actions communales en matière de développement durable, pour lancer un processus d’Agenda 21 local. Chouette soirée. Pour la population venue nombreuse, et qui découvrait tout ce que la Commune a déjà fait, malgré nos modestes capacités d’investissement. Pour rappel, on est une Commune pauvre … Tout un processus est aujourd’hui lancé, participatif, et avec un Collège et un personnel communal à 100% investi dans le projet. Vous pouvez retrouver ICI le projet présenté ce soir-là: pdf2-2009-dd-saint-gilles-agenda-21

Un exemple ? A la Piscine Victor Boin, on a remplacé les anciennes chaudières grâce au tiers-investisseur, placé des panneaux solaires sur le toit pour préchauffer l’eau sanitaire et récupéré la chaleur de la circulation d’air: plus de 30% de réduction d’énergie, 100% rentable.

Je vous invite à lire un petit billet d’humeur, un peu à contre courant ….

Le concept de développement durable est devenu omniprésent dans les médias. Il n’y a plus un journal ou un JT qui ne l’évoque de l’une ou l’autre manière. Le développement durable se « vend » bien. Les gens ont peur de la dégradation de la planète, des ours blancs décharnés qu’ils ont vus sur des banquises fondantes, des éoliennes en mer qui tueraient les poissons, des ondes GSM qui nous polluent le cerveau, … et sans doute à juste titre. Ils ont peur pour leurs enfants, très peur pour leurs petits-enfants. Nos générations n’ont sans doute pas pris assez en compte l’épuisement des combustibles fossiles, le trou dans la couche d’ozone et les nécessaires réductions de consommation d’énergie. Mais quand même, cet intérêt profond ne sert-il pas aussi à masquer d’autres réalités ?

Parce que le DD, c’est un développement pour le futur qui allie à la fois le social, l’économique et l’environnemental. Or la presse surfe exclusivement sur la vague écologique et limite souvent le DD aux aspects environnementaux. Alors qu’en réalité, le DD tente une synthèse entre ces trois approches, et il faut reconnaître qu’en tant que socialistes, nous avons historiquement été plus préoccupés à défendre les conditions de travail, la sécurité sociale, les droits des chômeurs et la qualité des soins de santé, parce que nous sommes, à Saint-Gilles par exemple, au quotidien confrontés avec une population modeste pour laquelle le resto du coeur, l’hôpital public, le logement social ou le minimex sont parfois les seuls refuges.

Alors qu’est-ce qui nous dérange dans la conception dominante, environnementaliste du DD ?

A quelle condition pouvons-nous adhérer à ce concept pour qu’il ne soit pas « bateau » ?

Responsabilité individuelle ou collective ?

D’abord, le DD renvoie fort à la responsabilité individuelle: vous devez manger des légumes de saison, trier soigneusement vos déchets, éteindre les lampes en sortant, diminuer le chauffage d’un degré et mettre un pull, et rouler à vélo le dimanche sans voitures. Bien sûr. Mais cela ne masque-t-il pas que les principes sources de dégradation sont d’abord ailleurs ? que la non-signature du protocole de Kyoto sous l’ère Bush pour permettre à l’industrie automobile de continuer sa « croissance » a pollué beaucoup plus que nos modestes lampes de bureau ? Que les quotas qui peuvent être rachetés empêchent le développement des pays pauvres ? ou qu’on délocalise pour cela des entreprises polluantes ici dans ces pays pauvres ?

Masquer les inégalités sociales ?

D’autres part, la place qu’occupe aujourd’hui ces préoccupations -certes- écologiques ne masquent-elles pas les inégalités sociales de notre société ? Le DD est un concept à 3 entrées: sociale, environnementale et économique. Le « pilier » environnemental, l' »arbre » écologique ne cache-t-il pas la forêt sociale ? Quand on vit dans 30 m², comment faire du tri sélectif ? quand on a peu de moyens, comment acheter les lampes « économiques » qui coûtent 10X le prix d’une lampe normale ? quand on n’est pas propriétaire de sa maison, comment l’isoler mieux pour consommer moins ? Parce qu’enfin, les produits bio, c’est plus cher que les produits blancs chez Aldi, non ? Et Test Achat l’a prouvé récemment, les produits blancs sont moins bons pour la santé. Alors que faire ?

La fiscalité verte ?

Le comble du cynisme est atteint lorsque, pour réduire notre « empreinte écologique », on crée des dispositifs fiscaux (cadeaux, primes et exonérations) pour installer des panneaux solaires, pour acheter une voiture « propre », pour consommer du diesel plus, pour remplacer ses châssis par du double vitrage, … il faut de l’argent pour tout ça, non ? L’expérience à Saint-Gilles nous a montré que certains travaux, même subventionnés à 100%, n’attirait pas les familles les plus modestes (même propriétaires) soit par peur de s’endetter quand même, soit parce qu’elles ne pouvaient pas avancer l’argent qui leur serait (fiscalement) remboursé deux ans plus tard. On ne prête qu’aux riches, et on les défiscalise. Reynders en est le champion toutes catégories, mais il n’est pas le seul … même certains élus progresistes tombent dans ce panneau. Sans compter que toutes ces défiscalisations appauvrissent l’Etat, c’est à dire la collectivité, et parmi elle, ses populations les plus défavorisées.

L’emploi vert ?

Là aussi, beaucoup de gesticulations depuis 10 ans pour nous annoncer des emplois verts. Les chômeurs bruxellois attendent toujours, et je ne vois pas d’où ils vont sortir. Sauf bien sûr quelques emplois très qualifiés d’écoconseillers et autres Monsieur Energie … Mais sur le terrain du chômage, concrètement, que pouvons-nous faire ?

En guise de conclusion (transitoire) ou d’ouverture du débat ?

Pour info cocasse au lecteur de passage, je suis Ingénieur agronome de formation, spécialisé dans les problèmes de pollution, sorti de Gembloux en 1975. Mon mémoire ? « La pollution à Engis » . Dans l’introduction je décrivais la position patronale à l’époque (une bouffée de mai 68 dans une petite fac de province): « On pourrait résumer ainsi la position patronale: En tous temps, l’homme a transformé son environnement, il a pollué. Aujourd’hui tout le monde continue à polluer, l’industrie n’a qu’une faible responsabilité. L’entreprise se justifie par son apport de bien-être social. La seule solution, c’est que nous fassions tous un effort pour lutter contre la pollution. La lutte contre la pollution se résume donc à un problème de conscience individuelle et de civisme. » Actuel, non ?

Alors, nous ne devons pas « rentrer » dans le DD par la peur ou par la mode, ni pour « moraliser » nos modes de consommation: nous devons y entrer pour chercher ce qui peut apporter un plus à ces populations démunies. Si elles ont accès au DD, OK. Si on n’appauvrit pas l »Etat par des primes et défiscalisations, OK. Si les logiques de décroissance économique ne pénalisent pas encore plus les plus modestes, OK.

Sinon, je redoute qu’on va continuer à jouer avec la planète, et je sais que la partie est déjà très avancée. Mais jusqu’au bout, je privilégierai l’entrée sociale à toutes les autres approches, parce qu’elle seule met le monde du travail au centre de la démarche.

Et c’est ma conviction socialiste,

A+lain

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