« Journal de campagne » d’Alain Leduc

L’actualité des élections communales à Saint-Gilles

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LIRE ET ECRIRE, toute une histoire … aujourd’hui un DROIT !!!

23 avril 2009 ·

Née dans le bénévolat et le militantisme des années ‘70, l’alphabétisation est devenue aujourd’hui un secteur professionnel à part entière. Il m’a semblé utile de faire un retour en arrière sur ces 35 années d’histoire socio-éducative bruxelloise. L’occasion aussi de souligner qu’apprendre à lire et à écrire n’est ni un luxe, ni un « moyen d’occupation» pour les nouveaux arrivants, mais bien un droit humain, un outil d’émancipation et un des fondements d’une société démocratique. Or, en dépit des efforts, l’analphabétisme persiste. Il persiste dans le monde où, selon l’Unesco, un adulte sur cinq ne sait ni lire, ni écrire, mais aussi en Belgique et particulièrement en Communauté française, où l’on estime que 10% de la population est incapable de lire un « message simple en lien avec la vie quotidienne » . Ces constats alarmants font de l’alphabétisation des adultes une priorité absolue dans mon engagement politique, dans mon combat pour une société plus juste et plus égalitaire.

Un peu d’Histoire…

C’est à partir de l’expérience de quelques dizaines de bénévoles « militants » dans les années ’70 (relatée dans le Cahier Fil Rouge n°1, ed. CFS asbl, 2004-2005 ), que nous avons contribué à faire reconnaître la réalité de l’analphabétisme et revendiqué des moyens importants pour l’alphabétisation des adultes.

Nous étions alors un petit groupe, composé de militants de la FGTB, d’intellectuels belges et marocains, à organiser des cours d’alpha trois soirs par semaine dans le cadre d’une permanence syndicale de la FGTB de Bruxelles, rue de Suède à Saint-Gilles. C’est dans ce contexte que j’ai fait la connaissance de Mohamed EL Baroudi, un exilé politique marocain à l’initiative de ces cours et qui fut plus tard le fondateur du Fonds de Solidarité Maghrébine, puis du Regroupement démocratique marocain.

A la suite de son décès en juin 2007, nous lui avons rendu hommage en éditant le Cahier Fil Rouge n° 7-8, (ed. CFS asbl, 2007), ainsi qu’en réalisant un DVD à partir d’entretiens filmés en 2004. Je vous en propose ici un extrait, dans lequel Mohamed évoque les premiers cours d’alphabétisation des travailleurs migrants. Une équipe donnait les cours de français, lui des cours d’arabe.

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Ce film est une coproduction de BANLIEUES asbl, CFS, et Lire et Ecrire Bruxelles, avec le soutien de la R.T.B.F.
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Un peu partout, des initiatives sont prises dans les années ’70 qui voient notamment la création du CATI (rue de la Fraternité), du SPIA (à Liège) ou l’organisation de cours par l’Abbé Georgery à Charleroi.

A Bruxelles, c’est le Collectif d’alphabétisation qui émergera en 1982. Dans le cadre de DEFIS, et en lien avec le projet de Télévision communautaire à Bruxelles, Catherine STERCQ publiera « Pour un projet de campagne d’alphabétisation à Bruxelles ». A ATD-QM, Jean LECUIT publiera la même année un livre blanc accablant, s’appuyant sur l’expérience d’ATD avec les plus démunis.

Nous appuyant sur la FUNOC à Charleroi, Canal emploi à Liège, RTA à Namur et DEFIS à Bruxelles, nous avons fondé en 1983 « Lire et Ecrire« . L’association s’étend progressivement à tout le territoire de la Communauté française. Aujourd’hui, toujours en lien avec la FGTB, j’en assure la co-présidence à Bruxelles avec Daniel FASTENAKEL, le Secrétaire fédéral du MOC de Bruxelles.

L’association s’est progressivement développée et professionnalisée. Elle compte aujourd’hui une quinzaine d’implantations en Wallonie et à Bruxelles. A Bruxelles, elle a été reconnue comme porteuse du « Plan bruxellois pour l’alphabétisation » en 2002, à l’initiative d’Eric TOMAS (à la Région) et d’Alain HUTCHINSON (à la COCOF) : depuis lors, 90 personnes ont pu être engagées, et 2.000 places supplémentaires créées en partenariat avec une trentaine d’associations bruxelloises. Françoise DUPUIS a aussi développé le dispositif en créant des places supplémentaires en promotion sociale. A la Communauté française, un service spécialisé a été créé, chargé de coordonner toutes les initiatives. Une Conférence interministérielle se tient chaque année sur l’alphabétisation. Mais il reste du chemin à parcourir:à l’occasion des élections de 2004, Lire et écrire édita un Livre blanc, un cahier de revendications pour l’alphabétisation des adultes et l’apprentissage du français pour les primo-arrivants.

Où en sommes-nous aujourd’hui?

A Bruxelles, les politiques mises en place ont permis de pérenniser ce secteur en assurant son financement structurel et en permettant d’élargir l’offre de cours.

Alors que seules quelques centaines de personnes suivaient des cours en 1983, elles étaient en 2007 plus de 15.000 dans le réseau associatif en Communauté française (8.057 en Région wallonne, dont 3.279 au sein de Lire et Ecrire, 7.255 en Région bruxelloise, dont 2.084 au sein de Lire et Ecrire). Ces cours varient, selon les besoins de gens, entre 200 et 800 heures par an.

Toutefois, nous sommes encore obligés chaque année de refuser de nombreux candidats faute de places disponibles… Pour que le droit à l’éducation pour tous, garanti dans l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ne soit pas qu’un slogan abstrait, nous devrons donc, à la Région de Bruxelles comme à la Communauté française, poursuivre les efforts entrepris. Parallèlement à l’alphabétisation, la Région bruxelloise manque encore aussi cruellement de cours de français langue étrangère pour les primo-arrivants déjà alphabétisés dans leur langue maternelle: c’est là un pari que nous espérons pouvoir relever avec la Promotion sociale qui, de mon point de vue, est la mieux à même de répondre à ces besoins. Il reste donc du boulot !

Pour toute info complémentaire, vous visiterez utilement le site de Lire et Ecrire.

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